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31/01/2011

COTE D'IVOIRE: Lettre Ouverte de l'écrivain Tiburce KOFFI à son ami Laurent GBAGBO.

Lettre Ouverte de l’écrivain ivoirien Tiburce KOFFI à son ami Laurent GBAGBO…

 

Encore une lettre ouverte à ton attention, mon cher Laurent. Et je suis certain, aujourd'hui, que ce ne sera pas la dernière; car la dernière aura pour thème principal le commentaire du bilan de ton règne ou plus précisément la fin de régime. Ton règne : ces crimes de tous ordres (économique, éthique, environnemental, politique et surtout humain) qui l'auront marqué. Ton règne ; cette régence affreuse et traumatisante. C'est donc ce commentaire-là que je me ferai le plaisir de faire.

Pour l'heure, je t'écris aujourd'hui cette lettre pour t'informer de ce que tes Service de renseignements (ou ce qu'il en reste) n'ont pu te dire auparavant et que tu as dû savoir depuis, par la presse: mon départ ou plutôt ma fuite de la Côte d'Ivoire. Tu comprends que je ne pouvais tout de même pas pousser l'outrecuidance jusqu'à aller te dire ''au revoir'' en partant, ni même à te donner un coup de fil ''amical''! Et je devine, d'ici, combien tu dois être furieux contre les tueurs que tu as engagés pour ''en finir avec moi'' ; furieux pour m'avoir ''permis'' de quitter le pays. Mais qu'est-ce que tu crois, mon cher Laurent, même les assassins les plus endurcis ont parfois des moments de doute, de remise en cause de leur sale besogne. On ne tue pas avec la même indifférence qu'on afficherait pour un obscur manifestant d'Abobo, un écrivain, un artiste connu et reconnu des siens.

Eh oui, Laurent, je compte aussi des ''soutiens'' de taille au pays, et même au sein de ton armée de criminels! Quelques-uns d'entre eux sont même restés des fans; ils m'ont informé du péril et, grâce aux soutiens de tous, j'ai pu sortir du pays. Ne compte pas sur moi pour te dire leurs noms ! Tout de même, Laurent !

Mon ami Venance, tu as dû l'apprendre aussi, m'a précédé dans la fuite, dès la première alarme - lui aussi a failli se faire enlever par le CECOS. Moi, je n'avais pas voulu céder à la panique, et j'avais voulu rester sur place, pour combattre ton régime d'assassins et de criminels sans honneur. Fuir le pays, échapper à la bave de ta milice assassine, me mettre à l'abri, sauver ma peau, cela peut se concevoir. Mais comment partir, seul, et laisser au pays les miens - mes frères et sours, mon père malade, mes amis (es), tous ces êtres chers qui vivent au quotidien la fournaise de ton régime de terreur? La fuite a toujours un goût amer : le goût de la panique, de la peur, de la lâcheté surtout. Non, il m'était impossible de partir ; impossible, malgré la pression alentour, malgré les alertes (de certains flics ''gentils'' parmi les Renseignements généraux). Depuis quelques temps, il me fut impossible de dormir deux fois de suite au même endroit, sans être tiré de mon sommeil par une alerte : « Tiburce, sors vite du quartier ; des gens suspects sont en train d'entourer les lieux ».

Combien de fois n'avais-je pas dû m'éclipser de tel endroit devenu dangereux ? Finalement, je me suis résolu à quitter le pays, Laurent, malgré moi, parce que, comme disent les Baoulé : « A sassa houn ti man srê » - la prudence n'est pas de la peur. Alors je suis parti de chez moi, de mon pays, une nuit de début d'harmattan. J'ai écouté pour une dernière fois le chant des grillons dessous la fenêtre de ma chambre - un réflexe de poète. J'ai regardé le quartier, les maquis alentour, les silhouettes de quelques habitants qui ne savent pas la tragédie quotidienne que je vis, les rues sales et puantes de la cité; j'ai écouté, distrait, le bruit assourdissant de la musique d'un mauvais tube zouglou, et toutes ces pestilences sonores qui disent la déchéance d'un peuple, mon peuple ; un peuple hier encore si civilisé, si respecté en Afrique; un peuple devenu invivable, impossible et désespéré par l'action nocive d'un brigand politique nommé Gbagbo Laurent.

[Te le dire clairement]

Non, Laurent, finie, bel et bien l'élégance des mots, avec toi. Et je m'en vais te le dire crûment: regarde-toi, Laurent, regarde ce que tu es devenu: un pauvre roitelet nègre pris au piège du vertige du trône; un homme qui n'est plus un homme, mais une bête politique guidée par son instinct (celui de la conservation du pouvoir par la force) et aussi par de sombres individus accrochés aux privilèges (financiers) que tu leur as accordés, en récompense de leur servilité bestiale. J'ai dit « Laurent, regarde ce que tu es devenu ». Mais peut-être que je me trompe (encore) sur ton compte (comme je me suis souvent trompé dans ma vie, à propos de mes amitiés) ; car je comprends, aujourd'hui, qu'en fait, tu n'es pas ‘‘devenu’’. tu te révèles. enfin ! Tu te dé-couvres ou plutôt je te découvre.

Mon ami Alex Kipré m'a souvent dit : « Tiburce, les gens se trompent. Ni l'argent ni le pouvoir ne transforment réellement l'homme. Ils ne font que révéler l'homme ». Et mon ami d'ajouter : « Gbagbo est comme ça, il était comme ça et il a toujours été comme ça avant même d'arriver au pouvoir ; c'est toi, Tiburce, qui ne s'en était pas aperçu ; et tu viens maintenant de le découvrir. Voilà ton problème avec Gbagbo ». Un autre jour, il m'a dit ceci: « Moi, je ne suis pas déçu de Gbagbo, parce que je n'attendais rien de lui; je savais qu'il ne pouvait pas diriger un pays, surtout un pays comme la Côte d'Ivoire ». Tiens, Laurent, Alex Kipré m'a raconté une anecdote que j'avais trouvée amusante en son temps, mais qui m'éclaire aujourd'hui sur ta véritable nature: quelque part dans un village, ou dans un quartier d'Abidjan ou de Gagnoa (qu'importe le lieu), un match de football auquel tu participais. Ton équipe a été battue en finale. Au moment de la remise de la coupe, surprenant tout le monde (public et joueurs), tu t'es emparé du trophée et tu as pris la fuite avec le gain du match ! ». Sidérant !

Vois donc, Laurent, comme te poursuis ton passé ; ce passé sombre, ténébreux, brouillon et agité. Un passé sans élégance éducationnelle, sans repère éthique, sans esprit ''fair play''. Quand, ce soir du 03 décembre, tu as refusé de reconnaître la victoire méritée de M. Ouattara, ce n'est pas l'ex-chef d'Etat (que tu étais désormais devenu) qui agissait; c'est cette enfance trouble et troublée qui avait resurgi du fond de ton histoire farouche et tragique d'enfant de la rue, d'enfant mal-aimé; cette histoire que tu tenais tant à réécrire, à modifier, en donnant une autre trajectoire à ton destin. Alors, tu décidas de ''devenir quelqu'un''.

Devenir quelqu'un ! Ce n'est pas un délit, c'est même une qualité. Mais quel type d'homme devenir? Poète, sportif, savant, commerçant ? Il y existe tant et tant de métiers, Laurent. Mais tu décidas, très tôt (tu m'as dit que étais alors en classe de 4è), de devenir. Président de la République ! Alors, tu fis de la politique un métier ! Président de la République ! Ce fut ton rêve ultime, ton fantasme, ton obsession ; et cela, depuis l'adolescence. Quand tu devins chef de l'Etat à 55 ans, ce fut, pour toi, la concrétisation d'un long rêve, la sortie d'un long tunnel.

T'en souviens-tu, Laurent, tu as dit un jour au Maître (Bernard Zadi), que tu voulais entrer dans l'Histoire. Te rappelles-tu aussi la réponse, sage et intelligente que le Maître t'avait donnée? Je te la rappelle : « L'essentiel n'est pas d'entrer dans l'Histoire, Laurent, mais de savoir par quelle porte on y entre, et par laquelle on en sortira ». Il y a de cela deux ans, j'ai lu un discours ahurissant d'Abdouramane Sangaré (un autre de tes serviteurs) te faisant des louanges inouïes. Dans ce discours de griot mal inspiré d'un autre âge, il disait que la guerre était l'acte suprême par lequel les hommes affirmaient leur valeur, leur grandeur; et que, de ce point de vue, tu étais désormais entré dans l'Histoire, car tu étais un homme de grande de valeur pour avoir. fait la guerre! Inouï!!!

Entrer dans l'Histoire! Très bien Laurent. Mais était-il nécessaire d'y entrer en faisant tant d'histoires à ce peuple qui ne demandait qu'à vivre sagement? Tu as réussi, Laurent. Chapeau, Maître de l'Apocalypse ! Entrer dans l'Histoire ! Oui, Laurent, tu peux à présent te vanter d'y être vraiment entré. Mais, et encore une fois, la question cruciale du Maître: par quelle porte y es-tu entré ? Tu en sais la réponse: par la porte de l'intrigue, du complot, de la violence verbale et physique, du mensonge, de la roublardise, de la traîtrise, du crime, du sang, et, comble de l'horreur, de la guerre! Et ce n'est pas fini, Laurent; ce n'est pas fini, car la grande question demeure: comment finiras-tu? Comment finira cette grave tourmente que tu as jetée sur notre peuple naguère si taquin, si paisible, si fantaisiste, si généreux en discipline et en sagesse ?

Tu as perverti la jeunesse, tu as réussi à abrutir la couche la plus prometteuse de toute société qui veut se donner de réelles ambitions d'émergence et d'affirmation de soi. Tu as troqué le grand rêve ''houphouétien'' de la construction d'une nation forte et productive, pour l'affirmation de ton étoile personnelle, égoïste et mesquine. Tu as décidé de supprimer de ta vie tout ce qui, de près ou de loin, correspond à l'éthique ou rappelle l'éthique. Mais dis-moi, Laurent: comment fais-tu pour encore continuer de vivre avec toutes ces immondices puantes sur les pages rouge-sang de ton affreuse biographie? Comment peut-on vivre avec tant de sang sur les mains? Comment peut-on rire, tenir des discours à la télévision, et à longueur de journées, après avoir fait supprimer des vies humaines? N'entends-tu pas les cris de détresse des suppliciés d'Abobo, d'Anyama, de Koumassi, de Vridi les nuits de crimes insalubres et insupportables? Comment fais-tu pour vivre, quand tu sais la vie que ta milice a volée aux autres ? Ces autres dont le seul crime a été de ne pas penser comme toi, de ne pas voir la vie comme tu la vois? Mais surtout, comment as-tu pu tolérer que tes criminels aient décidé de me tuer, moi, l'ami?

Oui, Laurent, l'ami. C'est toi qui a dit à ce peuple, et en direct de la télé, que je suis ton ami. Mais redis-le moi donc: comment peut-on commanditer l'assassinat d'un ami ? Tu es un Bété, Laurent, un Bété; et je sais, moi, pour avoir été accueilli, élevé, formé et structuré par des Bété, ce qu'est l'amitié chez ce peuple si gentil: une valeur sacrée, la plus grande des valeurs, même. Comment donc as-tu fait pour te laisser aveugler par le pouvoir, au point de cracher sur cette valeur suprême que les Bété ont toujours su cultiver à travers le Temps ? Tu as tenté de faire assassiner le Pr Maurice Guikahuié, un cardiologue, l'homme qui soigne le cour des hommes, le cour par lequel la vie est possible. Tu as fait assassiner le médecin Dakoury, coupable à tes yeux, d'avoir soigné des rebelles dès les premières heures de cette rébellion qui n'a pas encore fini de nous révéler ses secrets d'alcôve. Tu as tenté de faire tuer Marcel Zadi Kessé. Quelle aide cet homme si généreux et si aimable ne t'avait-il pas pourtant apportée dans ta période de galère, où, fauché comme un chômeur endurci, tu portais des chemises sales, débraillé comme tu l'étais? Laurent, que signifie cette ingratitude, cette grave altération de ta mémoire si fragile, si mesquine? Ingratitude, ingratitude, fuite de la mémoire.

Maudit soit celui qui tue ou fait tuer le Médecin ! Maudit, mille et trente fois maudit soit celui qui chercher à faire tuer l'artiste.

[Peur sur la cité]

Peur, peur et peur sur la cité, Laurent. Froid aussi. Nous avons froid. La Côte d'Ivoire a froid. Nos lunes sont froides, nos soleils ont froid. J'ai, moi aussi froid, dans cet hiver parisien où, méchamment grippé, je n'arrive même pas à dormir. Ah! Laurent, toi-plus-que-peste et lèpre de Kogodékro le village des ''kokoyés'' (lépreux) de Côte d'Ivoire.

Laurent, pourquoi tuer ne te fait-il pas peur ? Pourquoi ôtes-tu la vie aux autres, cette vie qui ne t'appartient pas et que tu supprimes avec tant de facilité, comme un écrivain supprimerait de son texte un encombrant point-virgule? Ecrivain, et surtout auteur dramatique (tragédien plus précisément), il m'arrive même de pleurer, au cours de mes nuits d'écriture, lorsque je mène à la mort un de mes héros entêtés! Comment fais-tu, toi, pour TUER de vraies vies, tuer des êtres humains, et parvenir encore à rire, à manger, à copuler surtout avec tes mille et une amantes de la lagune ébrié. Cette lagune puante, morte, sale et malpropre, de cette saleté qui a pourri le cour de ton régime et de tes milices au cour mauvais comme ko n'dou samlan - un savon noir contenant de la potasse? Laurent, comment fais-tu pour encore caresser le corps d'une femme, quand tu as fini de faire tuer les enfants de ton pays?

Ah, Laurent, vois comme tu m'affliges ! Et je me sens humilié (à cause de l'amitié que j'avais pour toi) chaque jour que la presse me renvoie les échos morbides des crimes de tes milices sauvages et cruelles.

La devise de ce beau pays d'hier est: union, discipline, travail! Tu nous as désunis, tu nous as rendus indisciplinés et fainéants. Ton règne n'est plus, désormais, qu'un sombre exercice de la violence, une agitation permanente du spectre de la terreur et de la mort.

Mort. Mort et morts. Ces morts qui parsèment ton parcours. Le silence est mort, le jour est mort, la tranquillité est morte, la lagune, cette lagune ébrié est, elle aussi, morte. La mort de cette lagune est tout un symbole, Laurent: l'eau est le siège de la vie. C'est toute une population diverse et diversifiée qui vivait dans cette lagune: crocodiles, poissons, grenouilles et crapauds, alevins, serpents d'eau, etc. ; en somme, la VIE. Tu as tué aussi cette lagune, Laurent. Même la lagune, tu l'as tuée. Combien de crimes te faudrait-il signer pour éteindre cette tornade de feu et de passions qui t'habite et te ruine, fils de Mama-le-hameau-anonyme d'hier ?

Quoi ? Laurent ? Tu as lu tous ces livres (que j'ai lus), tous ces poèmes que tu as écrits (j'en ai écrits aussi), tu as pratiqué la musique (comme moi - et je continue de la pratiquer), tu as lu la Bible, tu es un chrétien (comme je le fus), tu as pratiqué le sport (je continue d'en faire), tu as aimé toutes ces femmes (on partage ce même ''vice'' délicieux), tu as fait toutes ces choses-là, pour te retrouver comme cela, aujourd'hui ? Conspué à travers le Monde, désavoué, disqualifié ! Ridicule! Mais regarde-toi donc, Laurent, dans une glace, et découvre l'immensité de l'horreur que tu as semée dans la cité.

[La danse maléfique de Simone]

Je continue de te le dire : « Regarde-toi dans une glace, Laurent ». Choisis un moment particulier, de préférence, tard dans la nuit. La nuit où tout, les êtres et les choses, donnent du répit à leurs âmes et leurs corps fatigués de la pesanteur du quotidien. Regarde-toi, Laurent, et vois ce qu'est devenu ce pays sous ton règne: la radio, la télévision, Fraternité Matin, tous ces médias d'Etat que tu as soumis au dictat de ton obscure passion: le pouvoir! « J'y suis, j'y reste », as-tu dit récemment dans un numéro de « Jeune Afrique ». Le slogan de ta campagne était: « On gagne ou on gagne ». Le message était clair: pas d'alternative, je conserverai le pouvoir. Laurent, tu nous avais pourtant dit : « Donnez-moi le pouvoir afin que je vous le rende ». Hier, nous t'avons donné le pouvoir. Aujourd'hui, dix ans après, nous avons décidé de te le reprendre pour le confier à une autre personne. Le pouvoir ne t'appartient pas. Pourquoi refuses-tu de partir ?

Laurent, tu sais très bien que ''ton'' Yao-Ndré ne peut pas choisir le Président de notre République à notre place; tu sais très bien qu'il n'a pas le droit d'effacer nos voix pour te ''décréter'' Président de la République; tu sais très bien que tu as perdu cette présidentielle que tu ne pouvais, de toute façon, pas gagner. Ce n'est qu'une question de bon sens: tu ne peux pas espérer remporter une consultation électorale de cette envergure en ne comptant que sur la défection (en ta faveur) des militants de tes adversaires !!! C'est insensé comme calcul, Laurent. Comme piètres sont tes Conseillers ! Laurent, je te le dis, j'ai mené campagne pour Ouattara à Marcory, Zone 4, Koumassi et dans le pays baoulé. Ce pays baoulé, parlons-en.

Comment as-tu fait pour croire un seul instant que les Baoulé allaient te donner leurs voix, toi qui n'as fait que pourfendre ce groupe ethnique tout au long de ton ministère d'opposant clandestin où tu répandais le venin de ta haine contre eux? Les Baoulé, ce groupe ethnique que tu avais toujours estimé coupable des ''fautes'' d'Houphouët le baoulé ? Comment as-tu fait pour croire que ces Baoulé-là allaient te donner leur suffrage, toi qui as offensé Houphouët, humilié Bédié et Banny, trois figures politiques, trois symboles de la grandeur de ce peuple ? Houphouët n'a jamais été aimé dans le guébie, Laurent, et tu sais pourquoi: chaque groupe humain a une culture de la mémoire collective. Et elle est rancunière, cette mémoire. Dommage que le professeur d'Histoire que tu es, n'aies pu comprendre cette donne si simple. Et tous ces conseillers baoulé qui te mentaient, te trompaient, parce que tu payes bien les illusions que l'on te vend. Et tous ces conseillers originaires du Nord qui ont abusé de toi, parce que tu as de l'argent - cette immense fortune volée sur les fonds du Trésor public ivoirien. Cette fortune que tu distribues aux ''petits'' blancs (Guy Laberti et consorts) et même aux ''vieux'' blancs (Vergès, Roland Dumas et consorts) qui viennent te ''blaguer'', parce qu'ils savent que, comme tout mauvais nègre, tu n'aimes que tous ceux-là qui te promettent le pouvoir et protègent ton règne sanglant.

Laurent, j'ai vu sur le Net, Simone - ton âme damnée -, se livrer, comme une sorcière les nuits de cabale, à une insolite danse. Eh oui, elle a dansé, Simone au cour de mâle farouche. Et j'ai vu ses mains fortes et robustes; et j'ai vu son sourire (ou plutôt le rictus qui lui sert de sourire); mais j'ai surtout vu ses dents. Blanches, très blanches qu'elles sont, ces dents. Et la couleur de ces dents faisait un contraste frappant avec le teint noir mât de sa peau. Et elle dansait, Simone de Moosou; elle dansait, ivre de pouvoir usurpé.

Danse de la mort et du sang des crucifiés d'Abobo-la-misère!
Elle danse, Simone!
Danse impudique
Danse maléfique
Elle danse, danse, danse !!!
Les sorciers ont avalé nos jours de quiétude
Et elle danse, Simone-la-femme-vaudou, plus redoutable que serpent de Bouna!
Les criminels ont piégé nos rues sales d'Abidjan
Et elle danse, Simone-la-femme-buffle des contes mauvais
Quelque part, à Abobo, une famille pleure la mort de Sidi
Quelque part, à Anyama, une autre pleure la mort de Kwaku
Le pays est encerclé par la mort
Mon pays est traumatisé par le spectre de la mort
La mort qui plane, la mort qui murmure
Et elle danse, danse, Simone-la-terreur!
La danse-fauve et rapace des voleurs d'âme
Elle danse, Simone, de joie perfide et canaille
Elle danse la danse du démon !...

Ah, peuple mien, qu'es-tu devenu ? Qui nous délivrera de ce mal, de cette terreur soudaine et rampante qui nous a si mal trans-formés, si pervertis? Qui nous délivrera de Gbagbo-la-foudre ?
Laurent, je te le dis: si après avoir lu cette lettre ouverte (et je sais que tu me lis), tu permets (encore) à tes gens en armes de tirer sur un enfant, un seul enfant de ce pays, c'est que tu n'es plus un être humain: tu es devenu un débris d'Homme, un résidu d'ETRE. Et, sache-le, mon cri de fureur te poursuivra jusques aux mille coins du Monde. Tiens-le toi pour dit, Laurent. Tiens-le toi pour dit.

Les écrivains ne parlent pas à la légère.

De Paris, Tiburce Koffi. Ecrivain.

tiburce_koffi@yahoo.fr/

 

 

 

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